Chapitre Troisième
La larme de Némésis
À la tombée de cette malédiction, il n’y a pas que les montagnards qui furent dégoûtés par la sournoiserie
des bugbères. La déesse Némésis, perchée entre le Soleil et la Lune fut interpellée par un puissant désir de justice et
une soif de vengeance hors du commun. Elle fixa son attention sur la source de ce profond désespoir et fut surprise de voir
qu’il provenait de ce peuple discret et réservé qui, pourtant, défendait les montagnes de son sang. Si ce fait seul eut pu
conquérir le cœur de la Dame de cristal, elle entreprit toutefois d’observer les mœurs de ce peuple au tragique destin et
fut séduite par la volonté d’équilibre qui les poussait à protéger leur terre d’adoption, la détermination et l’honneur
avec lesquels ils mettaient leur vie en jeu, souvent contre des forces beaucoup plus nombreuses que la leur et, surtout,
la rage consommée qu’ils déployaient en combattant ces ennemis. À dire vrai, la déesse se vit plutôt troublée par ces gens
qu’elle ne savait trop comment considérer : des barbares chevaleresque ou des chevaliers barbaresques? Cela importait peu,
car au final, les Afirims avaient réussi à se mériter l’admiration de Némésis.
Elle assista donc en direct à la chute de la sordide malédiction bugbère. Elle contempla avec tristesse
les mois qui suivirent ce que ce peuple maudit avait d'abord cru victoire. Après ce jour, chaque bataille laissait un goût
amer de sang en bouche, saveur métallique impossible à supplanter, mais les montagnards continuèrent malgré tout les combats
jusqu'à ce qu'une compagnie entière, la fière troupe du Versant Nord, s’entretue jusqu'au dernier afin de repousser les
campements bugbères restants. Les quelques rares survivants adverses, pris de peur devant la folie déchaînée contre eux,
se sauvèrent pour ne jamais revenir dans ces montagnes, laissant les pauvres maudits s’exterminer entre eux. L’horreur de
vois la malédiction à l’œuvre brisa le cœur de la Dame Némésis qui, pour venir en aide à ses protégés, cristallisa son
essence vitale en une unique larme qui, tombant de son corps maintenant sans vie, alla s’échouer au sommet de l’Ahafirin.
Le sorcier du peuple de la montagne, qui méditait tout en veillant sur l’entraînement des guerriers en
contrebas, était particulièrement confus en cette matinée brumeuse, Il avait, encore cette nuit, rêvé d’une inconnue à
la beauté froide et majestueuse qui semblait pleurer. Comme à chaque fois, sa vision se terminait alors que la larme
quittait en scintillant la joue de la dame. Il fut d’autant plus troublé de voir à ses pieds un objet qui brillait
faiblement. Il l’observa de plus près et remarqua que l’item ressemblait à une goutte qui se serait cristallisée en entrant
en contact avec le sol, formant un médaillon délicat d’une beauté saisissante. En se saisissant de la larme, une voix se fit
entendre dans l’esprit de l’adepte des arts mystiques : "Voici l’unique larme de Némésis, un cadeau d’une mère à ses fils.
Elle est ma vie cristallisée et son pouvoir sera dévoilé par voie éthérée."
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