Chapitre Second

La malédiction


Toujours est-il qu’au fil du temps, les mouvements des habitants d’Ahafirin s'amenuisèrent. C'est vers le début du 9e siècle que ce peuple maintenant devenu fier se mit à construire des forteresses pouvant abriter le temps d'une halte ceux qui continuaient "vivre au gré du vent". Ce peuple cessa donc de jouir du fait d'être, dans une certaine mesure, évité par leurs ennemis car chacun sait que guerroyer contre un peuple de nomades ne possédant aucune richesse ne rapporte aucun profit durable. Devant maintenant protéger les avoirs de leurs semblables, plusieurs d'entre eux finirent par s'élever au sein de leur communauté comme seigneurs de guerre.


Allant de victoires en victoires, les plus belliqueux décidèrent qu'attendre les bandes de brigands et de gredins au pied de leurs fondations n'était plus suffisant. Leur sens de l’honneur leur dictait qu’ile en devaient plus à ces montagnes qui les avaient préservés des masses. Ils devinrent de vrais défenseurs des montagnes, pistant les vermines et les créatures qui donnaient à ces cols si mauvaise réputation. Ils traquèrent sans relâche brigands, orcs et gobelins, mais aussi ces demi-monstres connus sous le nom de bugbères. Ces créatures violentes à l’extrême et avides de richesses eurent vent par les crapules fuyant le nettoyage des mont que des réfugiés s’installaient définitivement sur l’Ahafirin, réfugiés qui pourraient certainement leur servir à la fois de bourse et de nourriture.


Mais ce nouvel ennemi allait donner du fil à retordre à nos valeureux montagnards ; grâce à leur sang de monstre, les bugbères étaient particulièrement résistants aux attaques des gardiens. Seul l’invocation de l’Ahafirin, cette rage qui leur était aussi fatale qu’à leurs ennemis, pouvait atteindre les bêtes sanguinaires qui se rendirent bien compte que ces hommes opiniâtres se battraient jusqu’à la mort, et jusqu’au dernier s’il s’en fallait. Frustré que de frêles humains aient pu contenir ses forces, Golbez, le shaman bugbère, lança sur ses ennemis une malédiction qui, ironiquement, transformerait l’outil de la victoire des rôdeurs en leur damnation. À partir de ce jour, et pour toutes le générations suivantes, l’utilisation de l’Ahafirin par les guerriers Afirims pousserait ces derniers à tuer tout ce qui se trouvera autour d’eux, ami ou ennemi, jusqu’à l’épuisement de la totalité de leur force vitale.


L’issu du combat où ils furent maudit passa donc d’une victoire éclatante à une trêve difficilement négociée; bien que l’assaillant bugbère fut repoussé, les guerriers, plongés dans leur transe meurtrière, s’entretuèrent jusqu’au dernier. On raconte qu’au terme de cette bataille, chaque Afirim a perdu au moins un frère.


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