Chapitre Premier

L’âme de la montagne ou la naissance d'un peuple.


Il fut un temps, alors que l’Empire n’était qu’un amalgame de provinces hétéroclites, où des hommes, fiers et libres, fuirent les troubles et les guerres intestines qui perturbaient perpétuellement cette région du monde de Bicolline afin de préserver leur indépendance. Se laissant guider par les vents et par leur instinct de survie, ces voyageurs apatrides s’installèrent sur les flancs d’Ahafirin, mont qu’ils baptisèrent en l’honneur de la région qu’ils laissèrent derrière eux. Si ce sommet, situé au couchant de la chaîne de montagne d’Irendille et dans la partie orientale du pays connu aujourd’hui sous le nom de Kafe, était réputé pour son hostilité, il n’en demeurait pas moins la seule demeure sure pour ces êtres en quête de liberté.


Bien que dispersés dans la montagne afin de pouvoir survenir à leurs besoins, il leur arriva de se réunir derrière une seule bannière le temps de quelques combats encore reconnus pour leur caractère épique. En effet, grâce à leur connaissance des montagnes, c'est parfois à plus de vingt contre un qu'ils repoussèrent de leur havre nombre d’envahisseurs humains, orcs et gobelins. Le désespoir au coeur, la rage au ventre, les Hafirîm se battirent avec une telle ferveur qu'on dit même qu'en quelques occasions, une fois le coup fatal reçu, ces combattants se redressaient en une sorte de transe - nommée Ahafirin à l’image de la montagne et qui signifie selon l’ancien dialecte « Souffle fatal » - qui leur donnait, l'espace de quelques souffles, la force de faire une dernière charge dévastatrice dépassant l'imaginaire même des hommes. À la suite de ce dernier soubresaut, ces guerriers tombaient au champ d’honneur, inévitablement couverts du sang de leurs ennemis.


Certains des anciens parmi ce peuple des montagnes expliquent l’Ahafirin d’une manière assez peu orthodoxe : ils prétendent que les hommes possèdent une quantité d'énergie vitale bien définie variant d'un être à l'autre, énergie qu'ils dépenseront tout au long de leur vie. C’est donc une fois cette force vitale épuisée que la mort viendrait chanter à l’oreille de ces gens ; alors gare à ceux qui voudraient priver autrui de cette énergie prématurément car ils seront exaucés. En effet, cet imprudent devra faire face à un homme qui, pour éviter de gaspiller son énergie restante, s’enflammera comme un éclair, en aussi dévastateur. La légende raconte même qu'un enfant, à la suite d'une année de méditation intense, aurait réussit à canaliser volontairement toute l’énergie d’une vie en un seul instant, ce qui eu pour effet de créer Ministìathur, une île qui s'est détachée de la côte au Nord du Kafe et qui abriterais le village de l’enfant, le coupant du monde extérieur par un rideau de brume qui rend l’endroit impraticable aux étrangers.


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